Ombres & Lumières au temps du Covid-19

Tout d’abord, une pensée chaleureuse pour celles et ceux qui sont directement touchés par ce virus, pour leurs proches, ainsi que pour tous les soignants qui se dévouent pour faire face.


Pour la majorité d’entre nous, tandis que nous respectons les consignes collectives de confinement et de précaution, nous pouvons mettre à profit cette parenthèse dans nos vies pour prendre du recul et nous questionner.


Ici, nous n’émettrons pas d’opinions sur la gestion de cette crise, ni sur nos réactions individuelles et collectives. Nous allons plutôt prendre de la hauteur pour contempler les grandes dynamiques à l’œuvre dans cette épreuve que nous traversons, afin d’en tirer des leçons.

Banksy, Show me the Monet, 2005



Humilité


Arc-boutés sur nos nouvelles technologies et la culture du « toujours plus », nous nous imaginions sans doute être devenus supérieurs à la Nature. Tels des êtres hors-sols, nous pensions régner sur un écosystème planétaire à notre service. Mais le colosse s’est découvert des pieds d’argile lorsqu’un petit organisme microscopique l’a arrêté net dans sa course effrénée. Le Covid-19 nous rappelle que nous ne sommes pas supérieurs à la Nature, nous en sommes une composante, nous faisons partie d’elle et de l’écosystème planétaire.

 


Interdépendance


À New York, un vieux monsieur de Brooklyn est gravement malade parce qu’un animal a contaminé quelqu’un sur un marché aux animaux de Wuhan, au centre de la Chine. Nous sommes tous interconnectés, non seulement entre nous êtres humains, mais aussi avec les animaux, les plus petits micro-organismes tels les virus, et plus largement avec l’ensemble du vivant sur notre planète.

 


Harmonie


Qu’il est bon de vivre dans un monde où règne l’harmonie, où les différentes parties de l’écosystème planétaire interagissent les unes avec les autres dans un équilibre nourricier, bénéficiant à chacun et à tous. Qu’il est bon de pouvoir prendre ceux qu’on aime dans les bras, sans crainte de tomber malade ou de leur transmettre une maladie. Alors que nous goûtons aujourd’hui à un environnement déséquilibré, qui nous paraît tout à coup hostile et dangereux, nous réalisons à quel point il est merveilleux de pouvoir vivre dans un monde harmonieux, où l’environnement ne devient pas un danger mortel pour nous, dans lequel on ne peut même plus se rendre aux funérailles de nos amis ou à la naissance de notre propre enfant. Cela nous donne naturellement envie d’œuvrer à la préservation de cet écosystème planétaire dans lequel nous baignons.

 


Responsabilité


L’humanité vit en surrégime. Notre rythme de vie, nos habitudes de consommation sont frénétiques. Lorsqu’une machine est poussée en surrégime, elle devient plus fragile. Un petit engrenage se désaxe et c’est tout qui s’arrête. Nous poussons l’écosystème planétaire dans la zone rouge, et voilà que l’humanité est stoppée nette.


Des scientifiques expliquent qu’une chauve-souris a probablement transmis le Covid-19 sur un marché aux animaux de Wuhan. Les chauves-souris sont naturellement porteuses de nombreux virus. Soumises à un stress intense, leur organisme n’est plus en mesure de gérer la présence de tel ou tel virus, et elles se mettent donc à l’excréter. Tout comme un rhume ou la toux tentent d’évacuer un agent devenu pathogène, la chauve-souris excrète le virus et devient plus contagieuse, contaminant finalement un humain sur le marché.

Le stress de cette chauve-souris, la patiente zéro, s’explique selon des scientifiques* par sa présence sur un marché aux animaux, dans lequel ils attendent la mort en cage, ainsi que par la déforestation et la destruction de leur habitat naturel. Ainsi, factuellement, c’est très probablement l’action humaine sur la nature qui fait que la nature tombe malade, et nous tombons finalement malades à notre tour.


L’écosystème planétaire est comme un organisme vivant, des évolutions de grande ampleur comme celle que nous connaissons s’appuient sur un certain ordre des choses qui se trouve perturbé. Prenons conscience de notre responsabilité à l’égard de la communauté du vivant sur notre planète, au risque sinon d’en payer les conséquences tôt ou tard.




Notre capacité de nuisance à l’arrêt


Bien sûr, l’humanité traverse une période difficile et œuvrons autant que possible à minimiser nos souffrances. Mais observons que ce coup d’arrêt mondial massif à nos activités humaines répond en réalité aux besoins de la Nature. L’air est plus pur, nous polluons moins, nous ralentissons notre rythme de vie frénétique, nous circulons et voyageons moins, nous émettons moins de gaz à effet de serre, nous consommons moins, nous surexploitons moins la planète…  C’est à la fois symbolique et factuel, comme si l’écosystème planétaire dont l’humanité fait partie, se mettait à jeûner, à se priver de cette suractivité nocive. Au cœur de nous-mêmes, nous sommes contraints de nous sevrer, au moins temporairement, de nos habitudes addictives qui nuisent à l’harmonie sur Terre. Nous ne pouvons plus nous livrer compulsivement à nos courses effrénées après toutes sortes de désirs superflus qui nous font perdre de vue l’essentiel, qui ne nous rendent finalement pas heureux et qui nuisent à notre planète tout entière.

 


 

Tirons des leçons


D’ici quelques mois, cet épisode sera derrière nous et l’humanité s’activera à nouveau. Avant cela, profitons de cette période pour ancrer en nous des résolutions qui nous conduiront vers un monde plus heureux. Nous connaissons tous ces régimes alimentaires où nous nous efforçons de perdre quelques kilos pour les reprendre ensuite dès la fin du régime. Ne gâchons pas cette opportunité qui nous est offerte de contempler notre situation et gardons-nous de repartir comme avant dans nos habitudes nocives, une fois cet épisode passé. Ainsi, voici deux aspirations que nous pouvons nourrir à l’aune de cette crise :


Une vie plus simple, équilibrée, centrée sur l’essentiel


Juste avant que n’éclate cette crise sanitaire, j’ai reçu dans ma boîte aux lettres un courrier publicitaire d’un marchand de cosmétiques qui disait : « Trop, c’est à peine assez. » Non, trop c’est trop.  Ce slogan publicitaire est symptomatique de ce déséquilibre qui ronge l’humanité depuis plusieurs décennies. Nous pensons trouver le bonheur en satisfaisant de façon compulsive tous les désirs qui nous passent par la tête, toujours plus, sans réaliser à quel point cette approche ne nous rend pas heureux, à quel point cela nous nuit, à nous ainsi qu’à toute la planète. Réapprenons à discerner entre le superflu et l’essentiel. Profitons de ces journées pour contempler notre vie, pour voir ce qui compte réellement, ce qui va vraiment nous rendre heureux individuellement et collectivement. En approfondissant ce sujet, nous verrons qu’une vie plus simple et équilibrée peut nous rendre véritablement heureux ; une vie où nous trouvons le temps de vivre avec ceux qu’on aime en harmonie avec la Nature, où nous recherchons le bonheur davantage en nous-mêmes plutôt que dans les plaisirs illusoires du monde. Profitez par exemple du temps disponible ces jours-ci pour découvrir la méditation, laquelle constitue un remède pour bien des maux de notre temps, ou lire des ouvrages inspirants et contribuant à l’édification d’un monde plus harmonieux.


 

Une vie plus respectueuse de la Nature et des animaux


Avant même que cette crise n’éclate, nous étions tous déjà plus ou moins conscients que notre mode de vie n’était pas soutenable pour la Nature. Comme nous l’avons vu, il existe en réalité des liens entre cette crise et le déséquilibre que nous infligeons à l’écosystème planétaire. Puissions-nous ancrer profondément en nous la conscience que nous vivons au sein de la Nature, que nous sommes en réalité totalement dépendant d’elle, tel un nourrisson dépendant de sa mère. Cherchons à vivre en bonne intelligence en son sein. Optons pour la modération dans nos choix quotidiens, soyons moins compulsifs et davantage contemplatifs, ce qui induira nécessairement des ajustements favorables au vivant sur Terre. Prenons également conscience de notre interdépendance avec les animaux et réalisons que nos comportements ont manqué d’humanité à leur égard. En les élevant dans des conditions écœurantes dans le seul but de consommer de la chair animale au prix le plus bas possible, nous avons condamné à un esclavage misérable une grande partie du vivant sur Terre. Ne nous perdons pas dans la culpabilité mais modifions plutôt nos habitudes et déployons des efforts substantiels pour que les animaux soient mieux traités.

 


En ce jour de printemps et de renouveau, souhaitons que nous sortions bientôt grandis de cette épreuve.


De nouveau, une pensée affectueuse pour toutes celles et ceux qui traversent des jours difficiles.

Ombres & Lumières au temps du Covid-19


20 mars 2020, Carl de Miranda

Site web de l'auteur: carldemiranda.com

* Notamment Andrew Cunningham, Professeur d’épidémiologie en milieu sauvage à la Zoological Society de Londres


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